samedi 30 juillet 2011

That jet lag really done a number on you!

Badaboum. Stupeur et tremblements. Enfer et damnation. La catastrophe que l’on redoutait tous s’est finalement produite : Pixar a commis un mauvais film. Mais genre, vraiment mauvais.

La déception est très dure à avaler. Pourtant, je ne suis pas de ceux qui hurlent systématiquement au chef d’oeuvre à chaque sortie d’un nouveau Pixar. Et puis, le premier Cars était certes sympatique, mais tout de même un peu faiblard. Mais malgré tout, on nous avait habitué à une constance remarquable dans le savoir faire, l’intelligence du propos, le talent à raconter des histoires toujours plus surprenantes. Dans Cars 2, tout fout le camps, avec pertes et fracas.

On ne peut certainement pas accuser le film de mauvaises intentions. Les gars de Pixar ne sont pas devenus des branques du jour au lendemain (d’un point de vue technique et esthétique, le film est - évidemment - une démonstration), et John Lasseter n’a pas perdu sa candeur et sa sincérité. Pourtant, strictement rien ne fonctionne, la faute à une histoire furieusement laborieuse, constamment victime du syndrome du “et maintenant ?”. Le scénario avance par à-coups, usant systématiquement des mêmes ressorts exaspérants (deus ex machina à gogo, hasards improbables, quiproquos débiles), s’éparpille dans deux intrigues parallèles presque parfaitement décorellées et inutilement alambiquées. Étudiants en cinéma, analysez attentivement ce film : c’est un superbe florilège de tout ce qu’il ne faut absolument pas faire pour rendre une histoire crédible et intéressante.

Et ça rame péniblement, on passe d’une scène à l’autre sans jamais trop savoir pourquoi ni comment, on multiplie les dialogues poussifs et les personnages tous plus inintéressants les uns que les autres. L’humour étonnamment bas du front parvient quelques fois (pas souvent) a nous arracher un sourire gêné, mais on n’en peut plus d’entendre ces bagnoles radoter constamment la même chose (“Martin est trop con et il comprends rien à ce qu’on lui dit, hihi c’est drôle !”), nous seriner avec une telle insistance la même sempiternelle ode à l’amitié (“Martin est trop con, mais c’est mon ami, et c’est ça le plus important, trolilol !”). On se demande aussi, incrédule, ce qu’il est advenu du message du premier film : apologie de la lenteur, nous invitant à toujours prendre notre temps pour bien profiter des choses de la vie... qui se transforme en une fatigante course effrénée et hystérique autour du monde, au cour de laquelle on ne prend justement jamais le temps de s’attarder ni sur une situation, ni sur un personnage.

Une telle absence de maîtrise est stupéfiante. On croirait assister aux efforts vains un petit garçon plein de bonne volonté, qui s’est juré de faire le film ultime (même que dedans, eh ben y aura une Formule 1 qui va trop vite, et puis y aura des espions secrets, et puis, et puis y aura plein d’explosions et du karaté et un méchant qu’est trop méchant, et puis même y aura Lewis Hamilton, et ça va être trop bien !), mais qui, au bout du compte, doit comprendre qu’il ne sait tout simplement pas faire du cinéma. Qu’est-il donc advenu de la recette Pixar, de la mythique collaboration constante entre quelques uns de esprits créatifs les plus brillants de notre époque, celle-là même qui fait la fierté de John Lasseter ?! Elle semble avoir littéralement volé en éclat au cour de la fabrication de ce film (les pérégrinations de Brad Bird et Andrew Stanton dans le monde du cinéma en prise de vue réelle n’y sont sans doute pas pour rien). Espérons que ce ne soit que temporaire...

jeudi 21 juillet 2011

There are many facets hiding behind just a one...


Nobuo Uematsu - On Meady Meadows
Orchestre de la WDR, dirigé par Arnie Roth
(arrangement : Jonne Valtonen)



C’est presque un soulagement, pour moi. La rectification d’une anomalie. Grand amateur de musique, grand amateur de jeu vidéo, grand amateur de musique de jeu vidéo, je n’avais jamais assisté à un de ces concerts produits annuellement, depuis 2003, par Thomas Böcker en Allemagne. C’est surtout depuis 2009, et un Symphonic Fantasies devenu presque mythique, que l’homme et ses collaborateurs ont inscrit leurs noms au fer blanc dans l’histoire de la musique de jeu. Avec ce concert dépassant largement le cadre du simple hommage à la culture vidéoludique, fruit d’une collaboration internationale (des compositeurs japonais, un producteur et un orchestre allemands, un chef d’orchestre américain, des arrangeurs finlandais...), ils créaient un nouveau genre d’événement, d’une portée et d’une ampleur parfaitement inédites dans le petit monde du jeu vidéo. Le genre d'événement où se retrouvent des gamers mélomanes venus du monde entier, non pas juste pour le plaisir de se réunir, même pas juste pour célébrer leur passion commune, mais pour la faire avancer, tous ensemble, vers de nouveaux horizons. Quelle excitation, pensez-vous donc, à l’idée enfin de voire de mes propres yeux, d’entendre de mes propres oreilles l’exécution de leur nouveau chef d’oeuvre ! Ce qui fut chose faite, samedi 9 juillet 2011, avec Symphonic Odysseys, concert retraçant la longue carrière du légendaire Nobuo Uematsu. Et plutôt deux fois qu’une.

Je suis donc fébrile, au moment où je prends place dans le superbe amphithéâtre de la Philharmonie de Cologne. Sur scène se trouvent l’orchestre et le chœur de la WDR. Comme c’est désormais la tradition, le concert commence avec une courte fanfare d’ouverture composée spécialement pour l’occasion. Cette année, elle est bien évidemment écrite par Nobuo Uematsu lui-même, qui livre une pièce délicieusement guillerette et enjouée. Rien de tout à fait mémorable, mais idéal pour échauffer musiciens et public en vue du reste de la soirée.

Car dès le morceau suivant, inévitable retour sur la saga Final Fantasy, le ton change radicalement. C’est avec une gravité non retenue que l’arrangeur Roger Wanamo choisit d’ouvrir son concerto pour piano : après une introduction rappelant la marche funèbre du Roméo et Juliette de Prokofiev, l’orchestre entame l’ouverture de FF VI (vous me direz, c’est de circonstance) ; et tandis que la clarinette fait résonner de lugubres trilles, le piano s’élève doucement au dessus la masse orchestrale pour entonner, de façon aussi inattendue que frappante, le thème principal de la série. Au piano, justement, c’est bien entendu le jeune prodige Benyamin Nuss (né en 1989, le bougre !) qui se produit. Et à l’écoute de ce concerto, on se rend vite compte que le jeune homme a franchi un cap : loin de l’explosivité certes virtuose mais parfois mal contrôlée dont il faisait montre lors des concerts de 2009 et 2010, il fait désormais preuve d’une maîtrise saisissante, ses sonorités sont bien plus raffinées. Que ce soit dans l’urgence du Battle Scene 1 de FF II, ou le lyrisme absolu de l’Aria de FF VI, il est à son aise. Impossible aussi de ne pas fondre pour son Boundless Ocean, d’une mélancolie et d’une sensibilité à fleur de peau, sans pour autant jamais être larmoyant. Alors bien entendu, quand il est rejoint tour à tour par la flûte, le cor anglais et le violoncelle solo, c’est un véritable torrent d’émotion qui vous submerge. Il faut dire que la formidable ampleur des orchestrations de Wanamo ne rend que d’autant plus frappants ces instants légers et fragiles. Le mouvement final du concerto s’avère plus dynamique et nerveux : c’est sur un galvanisant jonglage entre les thèmes de combat de FF IV, V et VI que s’achève ce premier segment du concert.

La suite est beaucoup plus légère, et même cocasse. Revenant sur le tout début de la carrière de Uematsu, le temps d’un court medley des musiques du jeu King’s Knight (NES, 1984), Jonne Valtonen réalise un arrangement s’autorisant quelques réjouissantes fantaisies, équipant les choristes de kazoos, torturant joyeusement la rythmique des morceaux originaux, et utilisant quelques percussions peu communes. Pas question d’oublier, pour autant, les insipirations John-Williamsienne de ces musiques ! Malgré ces facéties, le ton reste donc épique et grandiose. Un cocktail détonnant, un peu foutraque, mais diablement jouissif. Quelques instants plus tard, le medley Final Fantasy Legend emplira l’auditorium de la même énergie héroïque communicative, de façon certes moins originale, mais toute aussi convaincante.

Entre les deux, cependant, nous aurons eu droit à l’OVNI de la soirée. Instant de répit pour l’orchestre, c’est le chœur seul qui s’attaque à l’exécution de Silent Light, extrait de la bande original de Chrono Trigger. Un habit inattendu pour cette pièce, et voici que les choristes sifflent, chuintent, créant une atmosphère nébuleuse d’une complexité affolante. Avec ces sonorités hallucinantes qui iraient presque jusqu’à évoquer certains travaux de György Ligeti (!!!), Valtonen livre ici une partition aussi déroutante que spectaculaire ; le genre de musique qui vous hante encore longtemps après la fin du concert.

Et c’est alors que le temps s’arrête. La planète Terre s’immobilise, quand résonne le lourd tremolo des contrebasses, appuyé par une note d’orgue d’une terrible gravité. Violons et violoncelles entament la déchirante mélodie de Suteki Da Ne. Puis soudain, une voix s’élève, sublime, poignante. "Walls of the city that once stood proud..." Cette ville, c’est Zanarkand, bien sûr. Étrange exercice auquel se livre ici Roger Wanamo : il arrange le morceau A Fleeting Dream, lui-même arrangement libre signé Masashi Hamauzu du thème principal de FF X. Le résultat est un chef-d’oeuvre absolu. Dans un lent crescendo, le chœur développe des contrepoints d’une beauté inimaginable, et des ostinatos fascinants et hypnotisant enveloppent petit à petit la mélodie, parmi les plus extraordinaire jamais composées par le moustachu, dans un épais voile de mélancolie et de tristesse contenue. Enfin, sur une courte coda emmenée par les bois, la musique s’évanouit, s’éteint, tout en douceur, presque sans faire un bruit. Elle nous laisse, les yeux embués, plongés dans une indescriptible torpeur. Il nous faudra bien le temps d’un entracte pour nous en remettre...

La seconde partie du concert débute de façon plus anonyme, avec une mise à l’honneur de la toute dernière bande son composée par Uematsu, The Last Story. Si l’on se délecte de la vibrante performance de l’orchestre (et particulièrement le majestueux premier violon), qui transcende bien évidemment sans peine la mélodie originellement interprétée par des sons très majoritairement synthétiques, l’arrangement trop timide de Jani Laaksonen peine à vraiment exister au milieu de tous ces monstres enfantés par Wanamo et Valtonen. Un joli moment de douceur malgré tout.

Une nouvelle fois, l’ambiance change du tout au tout avec le morceau suivant, On Meady Meadows, musique d’inspiration tribale extraite de Final Fantasy XIV. De ce matériau, Valtonen construit une pièce merveilleusement évocatrice, qui procure les mêmes sensations que la découverte d’un nouveau monde : la curiosité attisée par ces percussions sourdes intriguantes, ces contrepoints à la fois primitifs et audacieux ; et l’émerveillement inspiré par son grandiose et majestueux refrain.

Arrive maintenant le temps de Blue Dragon, et de son célèbre Waterside. Un moment forcément attendu avec beaucoup de curiosité par quiconque avait écouté le délirant arrangement pour piano solo que Valtonen avait écrit pour Benyamin Nuss. Et effectivement, là encore, il joue avec les origines aquatiques de la mélodie : aux eaux tumultueuses de la version piano, il fait succéder des ondes calmes mais puissantes dessinées, avec une grâce infinie, par le seul pupitre des cordes. Une nouvelle fois, le morceau subit une métamorphose aussi surprenante qu’enthousiasmante.

Pour enfin conclure le programme de ce concert, est proposé une suite de concert Lost Odyssey longue de 20 minutes, second morceau de bravoure annoncé de la soirée, après le concerto "Final Fantasy". Comme à son habitude pour ce genre d’exercice, Valtonen signe une pièce technique et exigeante, rapide et dense. Les mélodies et motifs se mélangent, s’entrecroisent au sein d’une orchestration massive (orgues à l’appui), qui déverse ses richesses à un rythme effréné, comme une pluie torrentielle, qui étourdit et ensorcelle. Éprouvante émotionnellement, et même presque physiquement, cette suite ne se satisfait pas d’une seule écoute pour dévoiler toutes ses merveilles. Mais quelles merveilles, mes amis, bon sang, quelles merveilles !

Bien évidemment, les artistes ne se contenteront pas de nous quitter là-dessus. Pour le rappel, Benyamin Nuss rejoint de nouveau l’orchestre pour un superbe et émouvant clin d’oeil de la part d’un autre génie de la musique de jeu, Masashi Hamauzu, qui arrange spécialement pour l’occasion le superbe thème de fin de Final Fantasy X, avec toute la douceur et la tendresse qui le caractérise. Le compositeur de Final Fantasy XIII et XIII-2 adresse ici un magnifique hommage à son maître, allant jusqu’à faire apparaître à la toute fin du morceau une référence au thème principal de la série (pourtant absent du jeu). Tout un symbole...

Et c’est toujours pas fini ! Les artistes semblent bien décidés à essorer les fans jusqu’au bout, et présentent pour le deuxième rappel un medley des thèmes de combat de Final Fantasy VII ; c’était inévitable... Mais Thomas Böcker est un blagueur, il nous l’a déjà prouvé par le passé. L’heure n’est pas à la finesse, et Roger Wanamo donne à ce morceau la forme qu’il mérite, c’est-à-dire celle d’un plaisir coupable. Il orchestre un jeu de piste amusé, dont le but est de reconnaître avant tout le monde tel thème annoncé en plein milieu d’un autre (par exemple, le thème de Jenova amorcé par les flûtes en plein couplet de Those Who Fight) ; il se rie une nouvelle fois de l’adoration excessive des fans pour One-Winged Angel, car il sait que personne ne lui en voudra. De toute façon, on serait bien culotté d’avoir quelque grief contre lui à l’issue d’une soirée aussi mémorable !

Voilà, c’est terminé. Une fois de plus, l’orchestre de la WDR aura émerveillé nos oreilles comme cela n’arrive pratiquement jamais dans le monde de la musique de jeu vidéo. Et nous, heureux spectateurs de l’événement, amorçons notre lente, très lente redescente sur la planète Terre. Certes, deux ans après Symphonic Fantasies, et quelques mois après Symphonic Legends, ces odyssées n’étaient sans doute pas une révolution. Mais elles sont une nouvelle et superbe addition à un corpus musical d’une qualité prodigieuse et providentielle. La folle équipe emmenée par Thomas Böcker aura fait briller le jeu vidéo et sa musique d’un éclat qui dépasse nos fantasmes les plus délirants. On ne les en remerciera sans doute jamais assez.


Voir le concert Symphonic Odysseys sur Youtube
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samedi 16 juillet 2011

Elle était à qui, cette robe ?

Un exercice de style, sans réelles ambitions stylistiques. C’est tout le paradoxe pas banal de cette première production française tournée en 3D.

On ne sait pas trop par quel bout le prendre, ce film. Difficile d’interpréter son scénario qui joue constamment avec les faux semblants : ramassis de lieux communs d’un côté, étrange labyrinthe aux nombreuses fausses pistes de l’autre. Ce mélange entre drame et conte fantastique, on croit l’avoir déjà vu mille fois ; puis tout bascule quand soudain, l’un des deux aspects s’effondre sous le poids de l’autre. Alors, que devrait-on y voir ? Un triste témoin du manque de créativité du cinéma français ? Ou une variation subtile sur un thème déjà connu... sans doute trop subtile pour qu’elle puisse vraiment convaincre ?

Il en est de même pour le visuel. D’un côté, il y a ces décors de peu d’envergure, cette production assez bas de gamme (le montage est souvent assez cahotique). De l’autre, il y a une mise en scène certes peu originale, mais maîtrisée ; en particulier, bien sûr, dans son utilisation de la 3D, tour à tour oppressante et libératrice, et qui renforce de la plus belle des manières tous les non-dits du film.

C’est peut-être (sans doute, devrais-je même dire) en tant qu’aficionado de la 3D que j’ai envie de considérer ce film avec beaucoup de bienveillance. Mais dans tous les cas, aussi inaboutie la tentative soit-elle, elle n’est clairement pas dénuée d’intérêt.

So, who are you, panda?

C’en est presque estomaquant. Kung Fu Panda 2, en fait, c’est Kung Fu Panda 1. Tout pareil.

Certes, on s’épargne les expositions bien lourdingues qui plombaient le début du premier épisode (c’est ça qui est toujours bien avec les n°2). Pour le reste, les ingrédients sont exactement les mêmes : la prophétie autoréalisatrice, le méchant qui n’aurait peut-être pas été si méchant s’il n’avait pas subi le rejet de ses parents, la recherche vaine de l’apaisement à travers la possession... Cependant, miracle, la recette fonctionne beaucoup mieux cette fois-ci. Une seule et unique raison à cela : cette fois-ci, les réalisateurs ont enfin jugé bon de donner un soupçon d’épaisseur à leurs personnages.

C’était le plus gros défaut du premier épisode, et c’est un défaut récurrent des films DreamWorks Animation : des personnages archi-légers, conçus comme de simple faire-valoir pour les stars de tout bord qui leur prêteront la voix. Ici, au moins deux des personnages principaux (Po et la Tigresse) ont l’occasion de se raconter un peu plus en profondeur, de façon plus personnelle, tandis que le méchant de l’histoire est en proie à une folie et une souffrance crédibles. Conséquence immédiate : on croit à cette histoire. Et un film DreamWorks auquel on a envie de croire, c’est un événement.

Oh, bien sûr, le studio ne s’est pas non plus totalement débarrassé de ses sales habitudes. Il reste quelques gimmicks totalement dispensables (entre autres, un crocodile doublé par Jean-Claude Van Damme d’une absolue transparence), quelques instances d’un humour pseudo-cool saugrenu qui vient gâcher certaines séquences qui auraient sans doute été très belle sans ça, des acteurs trop souvent en roue libre (surtout Jack Black, évidemment), une progression parfois un peu machinale. Mais c’est encourageant, et cela confirme que l’excellent How To Train Your Dragon n’était pas qu’un coup de chance, que DreamWorks est peut-être en train de changer.

Alors certes, Kung Fu Panda 2 n’est pas encore tout à fait ce que Kung Fu Panda 1 aurait du être, mais il s’en rapproche. Allez, on y croit pour le troisième épisode !

jeudi 16 juin 2011

Alors maintenant, nous sommes six.

Dans le monde de l'animation française, on a un talent certain pour gâcher les bonnes idées. "On", ça désigne beaucoup de monde. Mais les gars d'Onyx Films et Luxanimation sont particulièrement forts à ce jeu-là. En 2006, Renaissance, malgré son concept indéniablement séduisant, laissait un amer goût d’inachevé dans la bouche, et fut un désastreux échec public, ne récupérant même pas 2 millions de dollars de recette au box-office mondial sur les 20 millions que coûtèrent sa production. Une question se pose donc : pourquoi récidiver ? Pourquoi refaire exactement la même connerie cinq ans plus tard ?

The Prodigies, à l’image de son prédécesseur veut à tout prix jouer au film américain. Ses ambitions sont internationales, qu'on se le dise. Et cela commence par cet affreux titre anglais. "The Prodigies". Mais pourquoi, bon sang ?! Pourquoi ne pas avoir simplement garder le superbe titre du roman FRANÇAIS dont le film est adapté, La Nuit des Enfants Rois ?

Très bien, jouons au film américain, adaptons notre histoire dans un style purement américain, écrivons nos dialogues en anglais. Problème : on n'est pas américain. Et donc, ça sonne faux, terriblement faux. Tant pour les personnages, tous aussi caricaturaux et superficiels les uns que les autres, que pour les situations, parfaitement grotesques la plupart du temps. C'est d'autant plus horripilant que l'on sent toujours en arrière plan l'âme du roman de Bernard Lenteric, avec sa force et son onirisme, qui tente vaguement de se faire entendre, mais qui n'est au final que défigurée par une telle débauche de stéréotypes et d'idiotie. Le portrait des Enfants Rois en devient particulièrement effroyable : loin des personnages souffrants et torturés qu'ils sont censés être, les voilà devenus de simples petites pestes animées d'une violence et d'un égoïsme absolument insupportables. Impossible de ressentir la moindre empathie pour ces petits merdeux, qui transforment l'ensemble du film (et en particulier son final hallucinant - pas dans le bon sens du terme) en un véritable supplice.

Bien évidemment, du haut de ses 20 millions d'euros du budget, le film ne peut aucunement prétendre à la moindre dimension spectaculaire. Avec son graphisme efficace mais banal, et son animation tristement rigide et inexpressive, il ne marquera pas les esprits. Mais de toute façon, soyons clair : aucune prouesse visuelle n'aurait pu excuser une écriture aussi misérable. Quel triste gâchis...

jeudi 9 juin 2011

Always you wrestle inside me

Peut-on tout pardonner à un génie ? Peut-on tout admettre tous ses excès ?

Terrence Malick est un extra-terrestre. Dans ses mains, une caméra se transforme en arme de destruction massive. Ses images sont puissantes, fiévreuses, belles, au-delà du concevable. Hélas, concaténer des séquences géniales ne suffit pas à faire un film génial. Tel une véritable tour de Babel cinématographique, The Tree of Life s’écroule régulièrement sous le poids de sa propre ambition ; malgré ses efforts répétés à faire dialoguer le drame social intimiste avec un ésotérisme new-age un peu obèse, il n’y parvient jamais de façon convaincante. Se voulant une sorte de méta-film nous racontant rien moins que l’univers tout entier, il finit par ne ressembler qu’à une étrange expérimentation, fonctionnant par fulgurances. De sacrés fulgurances, aussi magnifiques que bouleversantes, certes. Mais il est d’autant plus frustrant qu’un tel génie soit mis au service d’un film qui ne tient tout simplement pas debout.

Miaou, eh, miaou !

Il y a beaucoup d’idées dans ce film. Beaucoup de bonnes idées. Peut-être même un peu trop : il accumule à un rythme effréné les références, les symboles, les personnages pittoresques... Mais c’est au détriment du récit, qui se retrouve étouffé sous le poids de cette générosité excessive.

À trop jongler entre la fable, le délire surréaliste et une dure chronique des relations intercommunautaires, le film manque d’unité, et Sfar finit par s’embarquer dans un slalom confus qui largue petit à petit le spectateur, à mesure que la conclusion approche. C’est dommage, mais qu’importe : on retiendra surtout l’humour chaleureux et le merveilleux message humaniste de la première moitié du film.

mercredi 8 juin 2011

Nous allons être en retard !

Ce n’est pas un Paris de carte postale. C’est encore mieux que ça. C’est une utopie d’artiste, drôle et espiègle, inspirée et inspirante. C’est un concentré de bonheur, plein d’esprit, d’auto-dérision loufoque et tendre. Le meilleur film de Woody Allen depuis longtemps, très longtemps.

dimanche 29 mai 2011

Cradled in eternity


Il y a des jours dans la vie où l’on se sent chanceux. Très chanceux. Par exemple, ce dimanche 22 mai 2011, lorsque nous fûmes quelques 240 privilégiés à pouvoir assister à un concert dédié à l’oeuvre de Masashi Hamauzu, organisé à la Cité Internationale des Arts de Paris par le tout jeune label Wayô Records.

Dans un cadre que l’on aurait difficilement pu imaginer plus chaleureux et convivial, fut donc célébrée la musique si douce et fascinante du compositeur de Final Fantasy X, Final Fantasy XIII, Unlimited SaGa, et encore bien d’autres jeux aux bandes sons grandioses. Pour la servir, il fut fait appel à de jeunes musiciens issus du Conservatoire national de Lyon. Chacun à sa manière, ils auront relevé haut la main le défi, faisant vivre les partitions qui leur furent confiées de la façon la plus renversante qui soit.

Vie et enthousiasme. Voilà qui résume à merveille l’esprit des interprétations auxquelles nous avons assistées cet après-midi. La pianiste Yuka Fujii, la plus présente sur scène, aura su déployer sans retenu ses sonorités légères et chaleureuses. Lors de ses reprises d’extraits des Piano Collections FF X et XIII, elle troque la sage et délicate précision des enregistrement d’Aki Kuroda, contre un jeu vif, rapide et enthousiaste, mais qui sait rester d’une superbe sensibilité. Chaque aspect de la musique se pare d’une désarmante spontanéité, qu’il s’agisse de la main gauche dansante de Besaid, des ostinatos virevoltants d’Assault, de l’insaisissable sensation de suspension de Reminiscence - Sulyya Springs, ou de la fragile mélancolie du thème de Lightning. On se retrouve prisonnier corps et âme de l’extraordinaire pouvoir hypnotique de ces musiques. Il en sera de même lorsque, plus tard dans le concert, elle s’attaquera aux trois morceaux pour piano solos préparés spécialement par Masashi Hamauzu pour ce concert à Paris.

Entre temps, la sensation d’hypnose ne faiblit pas lorsque Yuka est rejointe sur scène, pour quelques quatre-mains extraits de SaGa Frontier 2, par un Jean-Vianney Zenati au son plus sombre et distant. À eux deux, ils parviennent à créer des atmosphères denses et complexes. De la douce et épaisse brume de "γ" 1 à l'urgence guillerette de "γ+" 3, est déployée une étonnante gamme de sonorités aussi paradoxales que captivantes.

Cependant, le concert opère une véritable bascule lorsqu’est entamé Frenzy Under Pressure, un trio pour piano, violon et violoncelle lui aussi composé spécialement pour l’occasion. On oublie alors le Masashi Hamauzu de carte postal du début de concert, celui que tout le monde connaît. Cette partition d’une noirceur inattendue se révèle méandreuse, presque labyrinthique, à la fois éthérée et massive. Le violoncelle de Seok-Woo Yoon est pesant, tandis que le violon de Johan Veron survole de façon aussi majestueuse que menaçante les étranges courbes dessinées par le piano. On ressort sonné, mais aussi euphorique, de cet extraordinaire voyage dont on ne peut regretter que la courte durée !

Pour l'avant-dernier acte, le Yume Duo monte sur scène et interprète trois transcriptions pour piano et violon de son propre cru. L'essence des morceaux originaux est merveilleusement captée par les deux interprètes, dont les arrangements sont d'une élégance et d’une ampleur formidables, laissant même par instant quelques très subtiles touches typées impro jazz s'échapper du piano. En particulier, leur reprise de Besaid aura littéralement cloué à leur siège tous les spectateurs, restés bouche bée devant un jeu de dialogues virtuose, extraordinairement grisant.

C’est alors que vient l’apothéose : Hamauzu et la chanteuse Mina montent sur scène et nous offrent en exclusivité mondiale deux extraits d’Imeruat, leur projet de musique Aïnou. Que ce soit avec la douceur quasi mystique de Cirotto ou la frénésie hallucinée de la chanson titre Imeruat, Mina et Hamauzu n'auront eu aucun mal à mettre définitivement l'ensemble des auditeurs dans un état second, une extase indescriptible qui mettra du temps, beaucoup de temps à s'estomper.

Impossible de décrire ce qui passe dans la tête de tout un chacun à cet instant. Est-on simplement enivré par la beauté extraordinaire du spectacle musical auquel on vient d’assister ? Euphorisé par l’intense moment d’intimité que l’on vient de vivre avec un artiste adulé à travers le monde entier ? Galvanisé par la puissante et palpable communion avec des musiciens clairement aussi passionnés que nous par ces musiques ? Un peu de tout ça à la fois, bien évidemment. Et comme pour graver définitivement dans l’âme de chacun ce souvenir aussi rare que précieux, Hamauzu signe lui-même l’épilogue du concert en se lançant, seul au piano, dans un "β" 1:Botschaft lumineux, transpirant de ce sentiment qui semble avoir envahi la salle entière : le bonheur, tout simplement.

mardi 17 mai 2011

Il faut vivre.

Un formidable pied de nez à Hollywood. Détective Dee est tout ce que le gros cinéma américain n’arrive plus à être : passionné, enthousiaste, généreux, décomplexé.

Toute l’inventivité, la folie de Tsui Hark est là. Peu importe les moyens limités, peu importe si une imagerie à couper le souffle côtoie un ou deux effets spéciaux digne d’une PlayStation 2 (feat. aliasing et textures baveuses), peu importe si certaines idées frôlent dangereusement les limites du WTF (des cerfs monacaux qui parlent et qui font du kung-fu... uh, what?). Le trip est total, le divertissement est absolu, et reste en toute occasion digne de la traditionnelle grandeur esthétique que l’on connaît au cinéma chinois. Cette élégante frénésie visuelle déroule intrigue follement dense et habile, très rapide aussi (j’ai fini par arrêter de compter le nombre de personnages, mais une chose est sûre : mieux vaut rester concentré si l’on ne veut pas très vite perdre le fil) ; le suspens est grisant.

Tout au long du film (et en particulier au cours d’un final qui transpire la volonté d’indépendance, et à la morale d’une réjouissante ambigüité : tout le monde finit par se soumettre au pouvoir, mais pas trop non plus), Tsui Hark n’oublie pas non plus de nous rappeler qu’il est parfaitement conscient de sa propre naïveté. Ainsi, il désamorce toute forme de cynisme critique qui aurait pu nous faire hurler au manque de fond, à la superficialité. Et en fin de compte, on ne retient qu’une chose de la séance : on a quand même méchamment pris son pied.